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Nadaka, Contemporary Indian and World Music

     
Nadaka, My Story

A journey from strumming guitar in north America to the ragas of the ancient South Indian Veena.


Nadaka as a childJe suis né le 4 janvier 1958 à Québec dans une famille plutôt aisée. Mon père était ce que j’appellerais un conservateur libéral qui croyait fermement aux valeurs du monde capitaliste. Quant à ma mère, elle consacra sa vie à la famille. C’était une femme vive, toujours pleine d’enthousiasme. D’un caractère quelque peu rebelle, elle favorisa d’une façon subtile la désobéissance. Ils nous encouragèrent, chacun à leur manière, à sortir des limites de notre province. Au sud : les Etats Unis; de l’autre coté de l’océan : l’Europe. Bref, ce que les Nord-Américains considèrent comme le monde civilisé. Etant le plus jeune de mes cinq frères, j’ai mené une vie relativement libre et heureuse. Pourtant, insatisfait, dès mon plus jeune âge, de l’ordre établi, je devins un aspirant plutôt médiocre à la société dans laquelle j’évoluais.


NadakaTrès jeune, mon penchant naturel pour la musique me poussa à jouer divers instruments. A l’âge de onze ans, je finis par choisir la guitare, explorant différents styles, y compris la guitare classique. Les musiques populaires de la fin des années 60, et particulièrement les groupes anglais de musique progressive des années 70, enflammèrent mon imagination, non seulement sur le plan musical, mais aussi parce qu’ils représentaient un défi à l’égard de la société. NadakaRien de nouveau, à vrai dire. Pourtant, il semblait que le monde était en pleine mutation et que la musique était devenue la messagère privilégiée d’un nouvel âge. C’est en écoutant les Beatles que j’entendis pour la première fois les sons d’un sitar, qui me donnèrent un premier aperçu de l’Inde. Peu après, la philosophie orientale et la pensée ésotérique exercèrent sur moi une grande fascination. A quinze ans - mon rêve d'entrer au conservatoire ne s'étant pas concrétisé -, une aspiration à mieux connaître la vie m'amena à voyager seul et à découvrir le monde. Un pèlerinage, en quelque sorte, au cours duquel j'ai fait la route en auto-stop et traversé des frontières à pied; un itinéraire plein d'aventures qui m'entraîna de l'Europe aux portes du Sahara, puis vers le Moyen Orient, l'Afghanistan, le Pakistan et enfin l'Inde, où je réside depuis les trente dernières années.



Après avoir parcouru le pays du nord au sud, j'arrivai à Madras en octobre 74, où je séjournai à la société théosophique auprès de Rukmini Devi, la danseuse du légendaire Bharatha Natyam, qui me fit découvrir certains aspects traditionnels de la culture indienne. Elle m'incita également à faire des études de musique classique indienne au Kalakshetra, le célèbre centre d'enseignement de danse et de musique qu'elle avait fondé, mais mon coeur et mon esprit étaient déjà ailleurs, un peu plus au sud, près de la ville de Pondichéry, dans un endroit nommé Auroville.

S'inspirant des idéaux du grand philosophe indien Sri Aurobindo (1872-1950), la cité internationale d'Auroville fut fondée en 1968 par Mira Alfassa, surnommée la Mère (1880-1973). L'appel lancé par Auroville pour l'unité humaine, ainsi que la formulation de sa Charte, suggérait un avenir plein de promesses. Auroville, tentative unique, a exercé son attraction sur des groupes et des personnes venant de tous les horizons, à la fois comme communauté alternative et comme cité internationale en pleine expansion.

Durant les premières années, considérées comme les années pionnières, nous avons donné, dans un esprit désintéressé, tout ce que nous avions, afin de concrétiser ce rêve. La transformation de cette terre, en grande partie aride, en une oasis verdoyante, la construction de nos gîtes primitifs : tout était à faire, et tout était possible.

Vivant la plupart du temps parmi la population rurale, je fus vite captivé par tout ce qui était indien et, naturellement, par sa musique. Dans cette région isolée, loin de la ville, on entendait rarement de la musique enregistrée hormis les chansons de films tamouls des villages voisins. Le son des tambours qui résonnait pendant la nuit ou les clarinettes des temples comblaient ce vide.

J'ai appris à parler le tamoul, la langue locale, et suivi des cours de veena et de chant indien. Je me suis familiarisé avec le langage des raga et ai découvert la tampura, un instrument à cordes qui accompagne les chants classiques.

Je pouvais chanter le son sacré OM incessamment et … incessamment, je l'ai chanté. La vie était intense, belle et les années passèrent ...



Avec Krishna Kumar, j’appris mes premières gammes ainsi que des chansons (geetam) de style vocal du sud de l’Inde. Né dans une famille de musiciens et de danseurs parcourant le sud du pays, Krishna suivait dès son plus jeune âge les caravanes, de village en village, accompagné par son père. Doué d’un talent artistique inné, il décida d'entreprendre une carrière dans la musique et la danse. Il entra au Kalaskshetra où il suivit une formation professionnelle de danse classique. Il se tourna ensuite vers l’enseignement, se produisit en Allemagne et en Inde, accompagné de sa femme Geeta. Krishna était d’un tempérament très enthousiaste et, bien que mon apprentissage en sa compagnie ait été bref, j’étais ravi de pouvoir enregistrer avec lui, quelques années plus tard.

Nemat Darman, Santoor and precussion playerC’est Nemat Darman, percussionniste et joueur de santoor, qui m’a initié au domaine métaphysique de la musique indienne. En 1980, il séjourna chez moi pendant plusieurs mois. Nemat était issu d’un milieu traditionnel de musiciens iraniens. Après avoir vécu en Allemagne pendant quelques années, où il fut percussionniste à l’Orchestre de Munich, son amour pour la musique traditionnelle et les raga le conduisit en Inde, qu’il considérait comme le berceau de la musique du Moyen Orient.

Son approche de la musique me paraissait extrêmement originale, et certaines expériences que nous avions vécues ensemble avaient un caractère magique. Je lui ai demandé un jour comment il avait réussi à acquérir une telle perfection dans le rythme; il me répondit avec son humour habituel : “ Grâce à la patience que j’ai acquise dans l’Orchestre de Munich, quand il me fallait attendre au moins une heure pour frapper le triangle de quelques coups précis.”


Ramji, RamanathanDes mois de formation musicale intense m’ont apporté une compréhension plus profonde de la musique et du son en lui-même. Après la révélation des raga et de la musique traditionnelle, j’ai posé ma guitare et me suis mis à jouer du Sarod (un instrument à cordes indien) mais, peu de temps après, je repris ma guitare pour expérimenter différentes façons de jouer à l'indienne.

Mes voyages à Trichy, dans le centre du Tamil Nadu, m'apportèrent une autre source d'inspiration. J'allais rendre visite à Ramanathan, un brahmane philosophe. Ramji, comme nous l’appelions, consacra sa vie à la musique, à la musicologie et à la fabrication artisanale d’instruments extraordinaires. Des musiciens de l’Inde entière venaient visiter ce sanctuaire musical, situé tout près des marches du Rockfort Temple, pour se procurer une tambura ou simplement pour écouter les paroles de cet homme hors du commun. Ses recherches sur le perfectionnement des tonalités des raga et autres sujets s’y rapportant firent de lui une véritable mine de connaissances musicales. Les anciens récits de musique qu’il évoquait, les épisodes de sa vie remontant au début du siècle dernier, m’enchantaient d’autant plus qu’ils étaient accompagnés de chansons en vieux tamoul et parfois de quelques vers de Shakespeare. Je m'estimais privilégié de me trouver en présence de cet homme sage.

Ramji, RamanathanCeci ne constituait qu’une partie des voyages extraordinaires que j’effectuais couramment dans le sud de l’Inde, où la culture tamoule est profondément ancrée. Il m’arrivait souvent de m’arrêter en chemin pour passer quelques heures ou même une nuit dans de petits temples, éloignés de tout ce qu’on appelle la civilisation ... Des scènes et des expériences extraordinaires qui me faisaient rêver et m’extasier devant l’énorme pouvoir que l’Inde ancienne nous a légué à travers les âges.




Vikku VinayakramA part la composition de musique pour quelques documentaires et des concerts occasionnels, ma vie de musicien prit un tour différent en 1980, lorsqu’on me demanda de composer et de diriger la musique d’un long métrage pour enfants. Par coïncidence, Vikku Vinayakram, le célèbre percussionniste figurait dans le film. Vikku était parti en tournée pendant des années avec John Mclaughlin, figure emblématique de la guitare, et son groupe de jazz-fusion, Shakti. Après avoir travaillé ensemble dans les studios, Vikku me demanda spontanément de se joindre à mon groupe pour un concert qui allait avoir lieu à l’I.T.T. de Madras. Ce fut le début de ma relation avec cet homme de génie. J’ai énormément appris aux côtés de ce célèbre et pourtant si humble artiste qui m’apporta un grand soutien. Aucun musicien ne pourrait en demander davantage.


Nadaka, Ganesh and KumareshAprès quelques temps, Vikku me présenta à Ganesh et Kumaresh, deux jeunes violonistes prodiges. Avides de pouvoir s’exprimer en dehors du contexte habituel de leur répertoire purement carnatique, ils étaient ravis de travailler avec moi dans le domaine de la musique fusion.

J’ai été très proche des deux frères et pendant de nombreuses années nous avons eu beaucoup d’échanges. Ils avaient un style unique, une technique impeccable, qui influencèrent beaucoup ma façon de jouer à la guitare. Notre collaboration a été très intense et leur maison de Mylapore est devenue ma résidence secondaire.



A.R. Rahman and NadakaAprès des mois de pratique avec Ganesh, nous avons enregistré nos premiers morceaux avec A.R Rahman dans ses studios de Panchatan. C’était avant qu’il ne devienne sans doute le plus célèbre compositeur de L’inde. Nous passions de longues heures ensemble au studio dans une ambiance décontractée. Rahman ajoutait quelques morceaux au synthétiseur ou fignolait le mixage. Quelques années plus tard, Rahman me proposa de l’accompagner dans l’une de ses chansons, “Kamosh Raat”, pour un film hindi. Ce fut ma seule contribution à l’industrie du cinéma indien. En 1992, nous avons commencé à travailler sur “Straight to your heart”. Vikku et son fils Selvaganesh vinrent prendre part aux mémorables séances d’enregistrement. J’ai complété les derniers morceaux et le mixage à Paris avec Didier “Sound Wizard” Weiss qui s’occupa par la suite de la réalisation technique de la plupart de mes projets.


Quelque temps plus tard, Shivamani, un batteur extraordinaire, vint jouer avec nous. Nous passions des journées entières à répéter chez moi. Il y avait Ganesh et Kumaresh, Selvaganesh, Shivamani, accompagnés de beaucoup d’autres. Nous formions une bande de vieux copains réunis sous l’aile protectrice de l’oncle Vikku. Lors d'un spectacle au festival Vasantahaba près de Bangalore, qui durait toute la nuit, nous avons réalisé le “sound check” à trois heures du matin alors que le public attendait, impatient. Une fois lancé, tout s’est bien passé. Le spectacle avait été organisé par Protima Bedi, idole du cinéma indien, devenue patronne des arts. Impressionnée par notre performance, elle m’écrivit une lettre émouvante exprimant sa reconnaissance. En guise de conclusion de ce chapitre de ma vie, j’ai enregistré “Célébration” en collaboration avec Ganesh et Shivamani.




Trilogy StudioEn 1999, me détournant résolument de la fusion, j’ai commencé à explorer un autre monde musical, dont les plus profonds aspects méditatifs de la musique indienne me subjuguèrent. Dès les premiers moments, je me suis plongé dans cette aventure qui a absorbé tout mon temps et a abouti plus tard à une trilogie musicale. De longs mois furent consacrés à la recherche et à l’expérimentation de prononciations sanskrites ou tamoules, aux différentes façons de gratter ou de caresser les instruments, à des enregistrements "nature", au positionnement précis des microphones, etc., faisant penser parfois à une recherche microscopique au plus profond de l’âme de chaque instrument, tant pour un gong, que pour une voix ou même une goutte d’eau.

Je me suis retiré dans mon studio, m’efforçant de garder le silence; les sons émergeaient peu à peu pour s’amplifier et trouver leur place exacte dans cette création. Plusieurs musiciens participèrent à ce travail dans le même état d’esprit. Ce projet fut complété de graphiques et de textes qui s’assemblèrent avec précision au fur et à mesure qu’ils se révélaient. Cet album devint la trilogie du “lotus”.



En 2001, le besoin de refaire surface et la simple joie de jouer ma guitare-raga me ramenèrent à Madras. A la suite de ma rencontre avec le violoniste, Raghendra Rao, j’ai collaboré avec les cinqu frères Basavaraj. Ensembles, ces frères possèdent une grande maîtrise musicale, conjuguant les deux grandes traditions classiques de l’Inde, hindoustani et carnatique. Lors des répétitions, nous ressentions une grande joie et une grande volonté de créer, sans but précis, sauf pour l’amour que nous portions à la musique indienne.

Nous nous retrouvâmes bientôt dans le studio pour enregistrer quelques morceaux. Dans cette recherche de la perfection, nous laissâmes peu de place aux compromis et les enregistrements de journées entières pouvaient facilement être effacés par la suite en quelques minutes.

Balamuralikrishna, Vikku and Basavaraj BrothersJ’avais une idée très claire de la direction à suivre et des pièges à éviter, tels que les fusions indiennes de nos jours où la virtuosité, les mathématiques et les trucages remplacent trop souvent la qualité, la simplicité et le bon goût. L’album parut après un peu plus d’un an, lorsque les musiciens furent satisfaits des derniers morceaux. Bien que la sortie de l’album ait fait l’objet d’une grande publicité, j’étais fier que Baramuralikrishna, qui est à mon avis le plus grand vocaliste carnatique actuel, et Vikku aient été présents lors de la distribution des premières copies de “Living Colours”.

Après une parenthèse de deux ans, j’ai recommencé à jouer avec les Frères Basavaraj. Partager la scène avec des musiciens aussi remarquables est toujours une expérience enrichissante.

IJ’ai composé des morceaux pour guitare solo. J’adore la pureté du son des instruments joués en soliste. Toutefois, les mouvements rythmiques qu’une percussion peut apporter sont des plus stimulants. De tous les instruments de percussion que je connais, le tabla, joué par un maître, est sans doute l’un des plus complets. A la suite d’un heureux hasard, j’ai rencontré Somnath Nandi, qui avait quitté sa province natale du Bengale, pour s’installer à Pondichéry. Nous avons travaillé ensemble des thèmes improvisés de la musique indienne (raga – tala) sans balises de temps. J’affectionne particulièrement la combinaison de la guitare et de la voix avec le tabla. J’adapte ainsi mon propre style aux genres hindoustani et carnatique.
 Voilà …

Ce court récit où j’ai évoqué mon univers musical aurait été incomplet si je n’avais mentionné toutes ces personnes et toutes ces images, qui constituent pour moi des expériences inoubliables. Bien des fois, j’aurais souhaité disposer de plus de temps pour approfondir les styles particulièrs de chacun de ces grands musiciens. Cependant, je suis naturellement le courant de ma propre musique qui me transporte toujours vers de nouvelles expériences.